Le but précoce d’Azzedine Ounahi en seconde période a propulsé le Maroc en tête, suscitant une réaction joyeuse de l’entraîneur Mohamed Ouahbi. Ce moment a également apporté un sentiment de soulagement pour Ouahbi, qui a pris ses fonctions en février, succédant à Walid Regragui, l’entraîneur le plus titré de l’histoire du Maroc. Bien que Regragui ait fait face à des critiques vers la fin de son mandat, l’idée qu’Ouahbi puisse surpasser ses réalisations semblait intimidante. Pourtant, cinq mois plus tard, le Maroc a fait history en devenant la première nation africaine à atteindre les quarts de finale de la Coupe du Monde à deux reprises, et leur performance ne cesse de s’améliorer.
Les critiques à l’encontre de Regragui lors de la Coupe des Nations 2025, organisée au Maroc, où l’équipe aurait pu obtenir une victoire par des appels, semblaient injustifiées pour de nombreux observateurs. Sous sa direction, le Maroc a atteint les demi-finales de la Coupe du Monde et n’a perdu que quatre de ses 49 matchs, y compris la demi-finale contre la France et le match pour la troisième place contre la Croatie. La question demeure : Regragui était-il trop défensif, ou était-ce simplement le style nécessaire pour le succès du Maroc ?
La situation était compliquée par la perception que Regragui, sans réelle faute de sa part, était devenu l’emblème de l’establishment marocain. Lors du match des huitièmes de finale contre la Tanzanie à Rabat, son image sur l’écran géant a été accueillie par des huées, signalant le mécontentement. Les supporters ont exprimé leurs préoccupations concernant les investissements considérables dans les infrastructures footballistiques, en partie destinés à accueillir la Coupe du Monde en 2030, tandis que des besoins fondamentaux comme la santé et l’éducation semblaient négligés, notamment après les inondations de décembre à Safi ayant causé 37 victimes.

Après une finale controversée contre le Sénégal, Regragui a démissionné, et Ouahbi, ancien assistant à Anderlecht, a pris les rênes. Ouahbi a depuis introduit une approche plus dynamique et offensive, et avec une meilleure finition, le Maroc aurait pu éviter les tirs au but contre les Pays-Bas lors des 32èmes de finale et même obtenir une victoire contre le Brésil lors de la phase de groupes.
Cependant, ce match a montré une performance traditionnelle marocaine, caractérisée par la résilience et la compétitivité tout en s’appuyant principalement sur des contres de leurs joueurs les plus créatifs. Il reste incertain si leur début prudent était stratégique ou une réaction au jeu agressif du Canada.
Le Maroc d’Ouahbi a démontré une capacité à résister à la pression, exécutant une stratégie de contre-attaque classique qui a capitalisé sur leurs forces. Ils ont efficacement ralenti le jeu, se sont regroupés, et malgré la perte d’Ismael Saibari sur blessure peu avant la pause hydratation, ils ont réussi à contenir les avancées canadiennes. Sans Saibari, qui s’est illustré tout au long du tournoi, le Maroc a eu du mal offensivement, ne réalisant qu’un seul contact dans la surface de réparation canadienne avant la mi-temps.
En fin de compte, ils n’ont pas eu besoin d’un second contact dans la surface. Six minutes après le début de la seconde période, Achraf Hakimi a servi Ounahi, qui a marqué un but juste à l’extérieur de la surface. Ounahi a eu de la chance de rester sur le terrain après avoir reçu un carton jaune en première période et une faute discutable sur Ali Ahmed peu avant de marquer, ce qui aurait pu entraîner un second carton. Stephen Eustáquio du Canada a semblé exprimer ses préoccupations à l’arbitre Michael Oliver concernant cet incident.
Le Maroc a accompli ce qu’il s’était fixé. Il est devenu clair que le Canada avait investi tout dans son départ vigoureux. Une fois que le Maroc a perturbé leur élan, avec Yassine Bounou réalisant un arrêt notable contre Tani Oluwaseyi, le jeu a basculé. Après avoir pris le contrôle, Ounahi a marqué son second but suite à une contre-attaque initiée par Chemsdine Talbi et Brahim Díaz. Soufiane Rahimi a clôturé le score en temps additionnel, convertissant après une transition menée par Díaz.

Ce schéma est de plus en plus reconnu dans le football : les révolutions tendent à prospérer dans leurs phases de formation lorsque des vestiges de l’identité d’une nation sont encore présents. Des dynamiques similaires ont été observées avec Liverpool sous Arne Slot, qui a réinterprété le socle posé par Jürgen Klopp. De même, cela était évident avec Stefan Kovacs à l’Ajax, s’appuyant sur l’héritage de Rinus Michels, et Claudio Ranieri à Leicester, qui a transformé l’équipe de Nigel Pearson en champions de Premier League.
Les pièges potentiels peuvent émerger plus tard, comme on l’a vu avec l’Allemagne, dont le récent succès en Coupe du Monde a été éclipsé par une perte de culture de leadership qui les a autrefois propulsés à travers les tournois, menant à leurs luttes actuelles. Pourtant, cette préoccupation appartient à l’avenir. Actuellement, le Maroc embrasse les innovations d’Ouahbi tout en s’appuyant sur la solide fondation établie par Regragui.
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